Puisque cela semble si important pour nos gouvernants, puisque visiblement à leurs yeux il y a un véritable soucis d’identité “à la française”, je souhaite moi aussi participer à cela et témoigner sur ce qui fait de moi un français… mais pas seulement, car dans un débat aussi important, il y a certaines choses qu’il est important de ne pas oublier, en tant que français. Jugez donc par vous-même:
Je suis français et fier car je sais que dans l’Histoire du peuple auquel j’appartiens, des hommes et des femmes se sont battus pour leur liberté, et que leur combat a eu un retentissement dans le coeur et la vie de tous, à quelque époque que ce soit, d’hier, d’aujourd’hui et même de demain.
Je suis français parce qu’au fond de mon coeur, les mots « liberté, égalité, fraternité » ont une résonance qu’aucun autre mot ne possède. Pas seulement parce qu’il s’agit-là de notre devise. Ensemble, ces mots forment cette trinité indivisible qui doit composer la vie de tous. Ainsi, dans tout ce qu’ils représentent, ces mots continuent inlassablement de me faire vibrer de tout mon être.
Je suis le français que je suis, car je suis fier que mon pays ait été à l’origine du texte qui représente à lui seul la grandeur de l’Humain, cette Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui relit ainsi des millions de personnes au même rang d’égalité, sans aucune distinction.
Je suis français car je crois très sincèrement en la démocratie, et à la liberté des peuples à choisir leurs représentants. C’est ainsi que ma fierté se joint à la joie lorsque mon pays est représenté comme l’un de ses modèles.
Je me sens français, et tous ces éléments emplissent mon coeur d’un enivrant sentiment de fierté, car ils s’unissent parfaitement à cette soif de justice naturelle et d’égalité entre tous que n’importe quel homme dans le monde possède. À tel point que je me dis qu’il n’y a pas de nation plus grande que la France, pays où l’étendard de la liberté de chacun, de l’égalité de tous et de la fraternité de son peuple tout entier n’a jamais été porté aussi haut.
Et pourtant…
Je peine à me sentir français lorsque mon pays s’en va en guerre, avec le culot de la faire passer pour noble – puisqu’au nom de la démocratie, comme si cela pouvait justifier la souffrance causée par les bombes et le nombre de morts.
Je ne me sens pas français lorsque les gouvernants de mon pays sont reçus par une autre nation, avec des valises pleines de contrats de ventes d’armes, de bombes, d’avions et d’hélicoptères de guerre.
Je ne suis pas français lorsque je vois que rien n’est fait pour Paul, Denise ou Antoine qui dorment dans la rue et doivent difficilement franchir d’absurdes démarches administratives pour revenir à une vie normale.
Je ne veux plus être français quand mon pays s’acharne à renvoyer trois hommes qui ont fui leur pays sous peine d’y être blessés, torturés ou tués par une armée ou une autre. J’ai honte de lire sur mon Etat civil que j’appartiens à la nation qui renvoie trois personnes désespérées sans se soucier humainement de leur raison d’être dans notre pays.
Je me demande ce que je fais, en tant que français, lorsque mon pays fait primer ses intérêts économico-financiers et éloigne la question des droits de l’Homme et de la démocratie lors d’entretiens internationaux avec des pays où la situation de la dignité humaine est critique.
À cause d’un tel débat, je ne sais plus si je suis d’abord français ou européen, lorsqu’il y a quelques mois à peine, on s’entêtait à me faire comprendre que j’étais avant tout un européen avant d’être français, pour m’inciter à venir voter et rendre ainsi la légitimité démocratique du Parlement européen plus crédible.
Je ne suis pas français lorsque la politique nationale remet en cause la diversité culturelle et la liberté religieuse de mon pays. Il me semble évident que la laïcité ne doit pas être synonyme de stérilité culturelle.
Je regrette d’être français lorsque mes gouvernants soutiennent de façon parfois non-dissimulée des gouvernements despotiques en Afrique au détriment des populations, qui continuent pourtant de voir en mon pays un symbole exemplaire de la lutte pour la démocratie.
Je ne suis pas français lorsque mon pays ne fait rien pour freiner l’exploitation sociale et minière de nos entreprises à l’étranger, qui n’ont que faire de ces questions fondamentales. La recherche de profit doit se faire dans le respect de la vie humaine et des personnes participant à la réussite de l’entreprise étrangère dans leur pays. Le respect de l’environnement est aussi une question primordiale qui ne doit pas être écartée.
Je ne souhaite plus être français lorsque je découvre avec stupeur l’état des prisons de mon pays et l’immobilité du gouvernement pour réagir à la détresse de ces hommes enfermés qui, malgré leurs erreurs, possèdent le droit inaliénable de conserver toute leur dignité.
Je me demande si je suis bien français lorsque j’apprends qu’à notre époque encore dans un pays tel que le mien, les femmes ne bénéficient pas des mêmes salaires et autres perspectives de carrières que leurs collègues masculins.
Je me demande enfin, ce que je fais en tant que français, lorsque je découvre l’énormité de mon malaise personnel sur cette question. À trop chercher tout ce qui fait de moi un citoyen français, j’en suis à me demander d’oublier cette identité nationale qui me relie à 65 millions d’autres personnes. Tout cela porte atteinte à ce qui fait ma fierté envers ma nation et concourt à faire de moi un étranger dans mon propre pays.




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